Barrique n. V Sherry – Cuvées du Chai

 

Le temps des fêtes a été une occasion de faire rasia sur les bières de nouveauté et éditions spéciales et bien que les fêtes sont passées, les bières ne le sont pas. C’est ainsi qu’en accompagnant à un risotto à la courge musquée, je m’ouvre une Barrique n.V des Brasseurs du Monde (BDM); son fort taux d’alcool et caractère liquoreux semblant de pair avec la caramélisation, l’onctuosité, et la richesse du risotto.

Durant cette dégustation, je découvrirai que malgré certaines circonstances atténuantes, cette bière n’était pas à la hauteur de mes attentes et que son agencement avec du Xérès laisse à réfléchir.

Caractéristiques

Brasseur du monde (BDM)  : Triple vieillit en fût de Xérès.

Style BJCP : 33B. Bière de spécialité vieillit sur bois.    ABV : 9.3%

(Manufacture) octobre 2015 – (Consomation) avant mars 2016

Impression

Au premier abord, les raisons de l’achat sont claires. L’emballage est créatif et élégant. Le format « bière de collection » utilisé se répercute dans l’utilisation d’un cylindre de présentation et d’un feuillet à l’intérieur. Le mot indique que cette bouteille de 341ml est un privilège qu’il fait bon s’offrir. Avec un prix au détail dans les alentours de ~10 à 15$, il est temps que je voie s’ils disent vrai. Par préférence personnelle, je décide de verser la bière à température pièce plutôt que l’assez froide température suggérée de 9°C. Mon but étant d’en promouvoir le caractère est le côté chaleureux. En sortant la bouteille, je remarque la présence d’un surnageant. Ce peut être un corps gras, un problème de filtration, ou peut-être une infection. Dans tous les cas, ce n’est surement pas voulu.

surnageant

Arome

C’est à ce point que la revue a pris une tournure inattendue. Dès décapsulé, une surpressurization fait gicler la bière et amène derrière elle une odeur poignante de Brett. Le surnageant était alors clair, et le manque d’inscription sur l’emballage me laisse croire que c’était involontaire.

Pour le reste de cette revue, prenez en compte que le produit décrit n’est probablement pas le produit offert. Tout n’est pas perdu, puisque premièrement, je suis un amateur de Brett, deuxièmement parce qu’occasionnellement une bière se voit améliorer par ces accidents, et troisièmement, puisqu’il est encore possible de voir certaines caractéristiques de la bière à travers l’infection.

Dès versé dans le verre de dégustation, l’odeur dégagée est alléchante, équilibrée, et émet des effluves de cuir, de fruit des champs, et de framboise fraiche. Je n’arrive pas à détecter aucun houblon, mais un faible arôme de Sherry transparait et octroie à la bière une discrète teinte sucrée.

Apparence

Le collet est blanc neige, solide, et texturée de microbilles. Il n’est pas grand, mais se maintient avec le temps. La bière elle-même est d’une teinte dorée et d’une limpidité impressionnante. Elle est assez transparente pour pouvoir lire à travail le verre de dégustation. Il est à noter que ce n’était pas le même cas du deuxième verre dû à la levure. L’aspect doré du liquide et la prestance générale de l’emballage donnent un aspect général d’opulence.

Goût

Au premier abord, le goût de la bière est complexe et éphémère. Il se peut que ce soit dû à la température, mais mon hypothèse est que le Brett a consommé toute la complexité qui aurait dû s’y trouver. Je me dois ensuite de mentionner le goût flagrant et prévalent de Brett. Il est assertif, mais sans être trop présent. Certaines caractéristiques de la bière peuvent encore être distinguées. La fin amène la chaleur et le goût de l’alcool de cette bière à 9.3% (et plus maintenant que les sucres résiduels sont convertis).

Une fois les saveurs initiales diminuées par la consommation de quelques gorgées, les goûts de Xérès prennent de l’importance. Ils apportent les tanins et l’astringence distinctive d’oxydation et de bois rappelant certains Portos. Ce portrait vous est probablement aussi alléchant qu’il m’était lors de l’achat de cette bière, mais après y avoir goûté, je ne saurais dire si c’est une si bonne idée. Certains des goûts qui caractérisent ces alcools sont aussi des « off-tastes »; goûts souvent indicateurs de défaut dans la production de la bière. Le guide de saveurs du BJCP définit d’ailleurs l’oxydation comme ayant des caractéristiques de Xérès. Ainsi, vous y trouverez un goût de thé infusé ou de pépin de raisin.

La balance de malt semble indiquer que le produit initial était de très bonne qualité. La base est bonne même si plus sec qu’originalement espéré, et le sucre candi arrive à peine à faire son chemin à travers les goûts plus proéminents. Le houblon est indistinctif ce qui est consistant, considérant les circonstances.

Texture et Corps

La bière est sèche en bouche, manque de rondeur et propose peu de saveur persistante. Cependant, toutes ces observations sont compatibles avec l’infection et ne sont pas indicateur du produit. Dans le contexte de la dégustation, l’acidité et la balance des goûts du produit en font un excellent accompagnement à la caramélisation et au fromage du risotto.

Le corps de la bière est distinctif puisqu’en bouche, elle propose une chaleur alcoolique sans donner les saveurs de malt complexes ni l’aspect liquoreux qui y serait normalement associé. Un aspect crémeux est présent dû au haut niveau de gazéification

Impression de l’auteur

Ainsi se conclut la dégustation de la Barrique n.V, la bière qui n’est pas arrivée à la hauteur de ces promesses. Bien qu’il y ait des circonstances atténuantes, je ne suis pas vendu par la prémisse de l’agencement bière et Xérès.

La question se posant instinctivement est à savoir si j’essaierai les autres bières de la série Barrique contenant aussi porto, chardonnay et autres saveurs; je ne suis pas convaincu. D’après l’emballage, toutes les bières de la série viennent du même brassin. Au minimum, je demanderais d’ouvrir le paquet pour l’inspecter, mais d’après ce que j’ai pu percevoir de la recette le mélange de la triple et du Xérès ne criait pas bière à rechercher. Je tiens à mentionner par contre que j’admire l’effort et l’intrépidité de faire un produit aussi créatif. Chapeau BDM!

Chez certaines bières, une infection au Brett est un bon accident, mais ce n’est pas le cas pour celle-ci. Elle en ressort ordinaire et non balancée. Ainsi donc, l’impression générale est d’une très bonne recette de base qui était probablement meilleure telle qu’elle qu’en barrique.

Tel que dégusté, la bière est à éviter. Je serai tenté à dire que même non infectée, je ne recommanderai pas la Barrique n.V.

Écrit conjointement avec Catherine Bourassa.

2 commentaires sur « Barrique n. V Sherry – Cuvées du Chai »

  1. Intéressant. L’introduction non désirée de bretts vient encore jouer des tours aux microbrasseries québécoises.

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